GRAMMAIRE, MORPHOLOGIE ORTHOGRAPHE
INUK/INUIT, adjectif et nom

Mise en contexte
Rappelons qu’en inuktitut, le mot Inuk s’emploie pour désigner une seule personne, Inuuk pour désigner deux personnes, et Inuit pour désigner trois personnes ou plus. Dans sa langue d’origine, Inuit est un mot pluriel qui signifie « les hommes », « le peuple », « les gens » (Cyr et Vittecoq, 2008).
Empruntant le mot à l’inuktitut, le français a tout d’abord gardé une partie de la grammaire d’origine, écrivant inuk au singulier pour désigner un humain et inuit dans tous les autres cas, au singulier et au pluriel, les deux mots restant invariables en genre (une femme inuk, un chien inuit, des coutumes inuit). Pour les partisans de cette adaptation, il ne s’agit donc pas seulement d’emprunter les formes inuk et inuit, mais aussi d’adopter la grammaire inuktitute, et donc la vision du monde que porte la langue elle-même. À cette pratique s’est juxtaposée, au cours des années 1980, la francisation du terme : la graphie inuit désigne alors le masculin singulier, et est variable en genre (inuite) et en nombre (inuits ou inuites). Cette francisation est aujourd’hui dominante dans l’usage.
Jusqu’à récemment, on ne voyait plus que sporadiquement la graphie inuk (pluriel : inuit) dans certaines publications, notamment dans des citations ou quand il était question d’icônes de la culture inuite.
« La jeune femme habite Montréal et serait originaire de Kangiqsujuaq, au Nunavik, selon le journal Nunatsiaq d’Iqaluit, au Nunavut. […] « Je serai toujours une Inuk, peu importe où je suis », a-t-elle ajouté. » (A. Blais, La Presse, 2014)
« Née d’une mère inuk et d’un père terre-neuvien, cette artiste a passé son enfance au Nunavik. » (M. Destrempes, Le Journal de Montréal, 2016)
On trouve aussi dans les corpus journalistiques des textes qui présentent des signes de confusion entre les deux systèmes, démontrant une non-maîtrise des graphies en concurrence et générant des formes fautives.
« La main tendue du ministre […] a semblé prendre par surprise bon nombre de représentants des dix nations amérindiennes et de la nation inuk du Québec. » (La Presse, 1991)
« La chanteuse inuke renoue avec ses racines nordiques à l’occasion de ce concert » (Métro, 2010)
« « Pourquoi la ville a installé ce banc ? C’est vraiment stupide ! », dénonce Mina, une Inuit de 35 ans » (Le Devoir, 2020)
En mai 2021, la direction de l’information à Radio-Canada a annoncé que la société d’État privilégierait à l’avenir les graphies autochtones plutôt que les graphies francisées.
Le 6 juillet 2021, l’Inuite Mary Simons a été nommée gouverneure générale du Canada. On a alors remarqué une scission dans les médias, toutes les plateformes de Radio-Canada (télé, radio, web) parlant de l’Inuk Mary Simons, alors que les autres optaient plutôt pour l’Inuite Mary Simons.
Le 26 septembre 2021, la correctrice en chef du quotidien La Presse a indiqué dans une chronique : « À La Presse, on suit, comme l’OQLF et d’autres sources, l’usage moderne du français et on n’écrit pas un Inuk, des Inuit, mais plutôt un Inuit, les Inuits, une Inuite, les Inuites. »
Depuis, l’Office québécois de la langue française a modifié ses directives; il continue de privilégier la graphie francisée, mais accepte aussi la grammaire et les graphies inuites. Nous présentons ici en deux articles distincts les deux systèmes en concurrence dans l’usage.
GRAPHIE FRANCISÉE, GRAMMAIRE DU FRANÇAIS
INUIT, INUITE, adjectif et nom
Pluriel : Inuits, inuites
◊ ADJECTIF Propre ou relatif aux Autochtones de la Nation qui habite les terres arctiques du Canada, du Groenland, de l’Alaska et de la Sibérie; qui est membre de cette Nation.
Art inuit, culture inuite, sculptures inuites. Un chasseur inuit, des chasseurs inuits. Une famille inuite, la Nation inuite. Villages inuits.
« La leader inuite Mary Simon nommée gouverneure générale » (La Presse, 6 juillet 2021)
◊ NOM (Avec une majuscule initial). Un Inuit, une Inuite. Les Inuits.
« L’Inuite Mary Simon devient la 30e gouverneure générale du Canada » (Le Devoir, 7 juillet 2021)
REMARQUE : L’Office québécois de la langue française privilégie la graphie francisée, mais accepte les deux graphies.
GRAPHIE ET GRAMMAIRE EMPRUNTÉES À L’INUKTITUT
INUK/ INUIT, adjectif et nom
Pluriel : inuit, invariable en genre.
REMARQUE : La forme de l’inuktitut inuuk, qui désigne deux personnes, est absente en français.
◊ INUK, singulier; INUIT pluriel.
ADJECTIF INVARIABLE EN GENRE; DÉSIGNANT UN HUMAIN. Propre ou relatif aux Autochtones de la Nation qui habite les terres arctiques du Canada, du Groenland, de l’Alaska et de la Sibérie; qui est membre de cette Nation.
Un chasseur inuk, des chasseurs inuit.
« La nomination de la militante inuk Mary Simon au poste de gouverneure générale du Canada suscite fierté, espoirs et fébrilité dans le Nord canadien. » (Radio-Canada – Grand Nord, 2021)
« À Montréal, trois femmes inuit lancent un balado en inuktitut » (Radio-Canada – Espaces autochtones, 2022)
◊ NOM (avec une majuscule initiale). Un Inuk, une Inuk. Des Inuit.
« L’Inuk Mary Simon, héritière d’une tâche plus qu’honorifique » (Radio-Canada-Nouvelles, 2021)
INUIT, adjectif invariable en genre et en nombre
◊ (INANIMÉ, ÊTRE VIVANT NON HUMAIN ou COLLECTIF HUMAIN). Propre ou relatif aux Inuit; constitué d’Inuit. Art inuit, culture inuit, sculptures inuit. Des familles inuit, la Nation inuit. Villages inuit.
« Ce n’est pas anodin que le gouvernement du Nunavut ait fait du chien inuit son emblème officiel » (Radio-Canada, 2021)
REMARQUE : En inuktitut, les collectifs, même au singulier, s’accordent au pluriel, en fonction du sens. On écrira donc un artiste inuk, mais le peuple inuit; de même on écrira la Nation inuit, en utilisant l’adjectif inuit, invariable en genre et en nombre.
REMARQUE : La Société Radio-Canada utilise ces graphies et ces accords sur toutes ses plateformes. L’Office québécois de la langue française privilégie la graphie francisée, mais accepte aussi les graphies et règles grammaticales empruntées à l’inuktitut, telles que décrites ici.
